Pourquoi ce choix du nom d'" Eklectic " ?
et pourquoi ce double-qualificatif de " Tradition et Modernité "
?
Pour expliquer ce que nous voulons créer, nous soulignons les sens de
ce concept :
* Le mot " éclectique " a été crée au
XVIIe siècle à partir du grec eklektikos, issu de eklegein,
choisir ;
* Il fait référence à deux écoles philosophiques
dont la particularité est de vouloir réunir en un seul système
ce qu'elles jugent de meilleur dans les systèmes antérieurs :
l'école de Potamon d'Alexandrie (et par extension toute l'école
alexandrine), et l'école de Victor Cousin, philosophe français
du XIXe siècle. (cf. définitions ci-dessous) ;
* Par extension, il décrit toute personne faisant preuve de diversité
dans ses intérêts ; qui ne se contente pas d'un seul point de vue
mais qui est ouverte à d'autres, sans à priori, et sans en favoriser.
LE ROBERT :
ÉCLECTIQUE [eklektism] adj.
1. Philos. Qui professe l'éclectisme, est inspiré par l'éclectisme.
2. Par ext. (XIXe s.) Qui n'a pas de goût exclusif, ne se limite pas à
une catégorie d'objets (opposé à monomane).
ÉCLECTISME [eklektism] n. m. • 1755; de éclectique
1. Philos. École et méthode philosophique de Potamon d'Alexandrie,
recommandant d'emprunter aux divers systèmes les thèses les meilleures
quand elles sont conciliables, plutôt que d'édifier un système
nouveau - syncrétisme. - (1817) Position analogue soutenue
par Victor Cousin.
2. Par ext. Disposition d'esprit éclectique. Faire preuve d'éclectisme
dans ses lectures, dans ses relations.
CONTR. Sectarisme.
LITTRE :
ÉCLECTIQUE : Terme venant du verbe grec, choisir, le même
que le latin eligere, élire.
1° Terme de philosophie. Qui admet ce que chaque système paraît
offrir de bon. Philosophie éclectique.
2° Il se dit de ceux qui professent cette doctrine. Un philosophe éclectique.
S. m. Un éclectique, les éclectiques.
L'épicurien, l'éclectique goûtaient ensemble les douceurs
de la société, VOLT. Phil. II, 187.
Il se dit aussi de médecins qui ont appliqué
la méthode éclectique aux systèmes médicaux.
Dans le langage ordinaire, se dit de tout. Éclectique
en littérature, en politique, en religion.
ÉCLECTISME
1° Philosophie éclectique, doctrine de philosophes anciens, dits
aussi syncrétistes, qui essayaient de réunir dans un même
système les systèmes antérieurs.
De nos jours, philosophie qui a essayé de faire
un système nouveau avec des théories triées dans les systèmes
antérieurs, et particulièrement avec des idées prises au
platonisme, à Descartes, à Kant et à l'école écossaise.
2° Secte de médecins fondée par Agathinus, disciple du médecin
Athénée, dite aussi hectique, parce qu'elle s'attachait à
certains principes, et épisynthétique, parce qu'elle ajoutait
ensemble différents principes. De notre temps, doctrine des médecins
éclectiques.
Dictionnaire HACHETTE :
ÉCLECTIQUE : Qui choisit dans divers genres ce qui lui plaît
sans s'asservir à un seul ;
ÉCLECTISME : 1) Système composé d'idées ou d'éléments
doctrinaux d'écoles différentes ;
2) Largeur d'esprit permettant d'accueillir toute idée avec compréhension.
DICTIONNAIRE DES SYNONYMES - CNRS :
éclectique : divers, varié.
éclectisme : choix, fusion, méthode, préférence,
sélection, syncrétisme.
DICTIONNAIRE DE L'ACADEMIE FRANCAISE :
ÉCLECTIQUE. adj. des deux genres. Qui, sans adopter un système
particulier, choisit, dans les divers systèmes, les opinions qui lui
paraissent les plus justes. Un philosophe éclectique. La philosophie
éclectique.
Par extension, il signifie Qui est d'une disposition d'esprit non systématique,
accueillante. Éclectique en littérature, en peinture.
ÉCLECTISME. n.m. Philosophie éclectique. L'éclectisme de
l'École d'Alexandrie. L'éclectisme moderne.
Il se dit aussi, par extension, de la disposition d'esprit qui consiste à
se garder de toute vue étroite et systématique. Un aimable éclectisme.
Éclectisme de l'homme du monde.
TRESOR DE LA LANGUE FRANCAISE
ÉCLECTIQUE, adj.
A. PHILOSOPHIE
1. [Appliqué à une chose abstr.] Qui est relatif
à l'éclectisme, en tant que méthode ou école philosophique.
"Dans le IVe siècle le polythéisme expirait. Il chercha pour
se relever à se réfugier dans la philosophie alexandrine, éclectique,
déiste, qui, admettant tous les cultes comme divins, niait la divinité
des dieux..."(VIGNY, Journal d'un poète, 1844, p. 1224.)
2. [En parlant d'une pers.] Qui est partisan de l'éclectisme.
"Ils [les Alexandrins] sont ouvertement éclectiques" (COUSIN,
Hist. gén. philos., 1861, p. 192).
Emploi subst. "[Le] professeur de philosophie, vieil éclectique
cousinien" (MALÈGUE, Augustin, t. 1, 1933, p. 74).
B. PAR EXTENSION (parfois péj.)
1. [En parlant d'une pers.] Qui aime à choisir ce qui
lui plaît dans des catégories de choses ou de personnes très
différentes, qui est capable d'apprécier des choses ou des personnes
fort diverses, qui refuse tout choix exclusif. "Un jeune normalien,
éclectique et libre penseur" (MARTIN DU G., Devenir, 1909,
p. 11). Emploi subst. : "Une œuvre faite à point de vue exclusif,
quelque grands que soient ses défauts, a toujours un grand charme pour
les tempéraments analogues à celui de l'artiste. L'œuvre d'un
éclectique ne laisse pas de souvenir. Un éclectique ignore que
la première affaire d'un artiste est de substituer l'homme à la
nature et de protester contre elle. Cette protestation ne se fait pas de parti
pris, froidement, comme un code ou une rhétorique; elle est emportée
et naïve, comme le vice, comme la passion, comme l'appétit. Un éclectique
n'est donc pas un homme". (BAUDELAIRE, Salon, 1846, p. 169.)
2. [Appliqué à une chose] Qui manifeste cette
capacité ou cette complaisance à choisir dans des catégories
très diverses; qui est fait d'éléments très divers,
rassemble une grande variété de tendances. Art, goût, opinion
éclectique. "Paris est le seul lieu du monde où il existe
de ces maisons éclectiques où tous les goûts, tous les vices,
toutes les opinions sont reçus avec une mise décente" (BALZAC,
Fille Ève, 1839, p. 194).
Etymol. et Hist. 1651 [d'apr. BL.-W.1-5]; 1732 « nom que l'on donnait
à quelques philosophes anciens » (Trév.); 1818 philos. mod.
(V. COUSIN, Cours de 1818 d'apr. l'éd. 1836 ds P. JANET, Victor Cousin
et son œuvre, Paris, éd. Calmann-Lévy, p. 64); 1832 «
qui n'est pas exclusif dans ses goûts » véritable éclectique
comme on dirait aujourd'hui (HUGO, N.-D. Paris, p. 40). Empr. au gr.
« qui exerce un choix, sélectif » (cf. « les Éclectiques,
philosophes qui empruntaient des éléments de leur doctrine à
différentes écoles, surtout à l'épicurisme et au
stoïcisme »), v. LAL., lui-même dér. de « choisir
». Fréq. abs. littér. : 68.
DÉR. Éclectiquement, adv. D'une manière éclectique,
sans se prononcer catégoriquement pour une tendance ou une opinion déterminée.
"Quant à « Phèdre » [jouée par Rachel],
je trouve que vous la jugez un peu éclectiquement. Elle a complètement
réussi" (SAINTE-BEUVE, Corresp., t. 5, 1818-69, p. 64).
Seule transcr. ds LITTRÉ : é-klè-kti-ke-man. 1ère
attest. 1838 (Ac. Compl. 1842); de éclectique, suff. -ment.
ÉCLECTISME, subst. masc.
A. PHILOS. Méthode intellectuelle consistant à emprunter à
différents systèmes pour retenir ce qui paraît le plus vraisemblable
et le plus positif dans chacun, et à fondre en un nouveau système
cohérent les éléments ainsi empruntés. Victor Cousin
eut la pensée de réunir, à son tour, dans un nouvel éclectisme,
tout ce que contenaient de vrai les systèmes que les différents
pays et les différents temps ont produit (F. RAVAISSON, Rapport...,
§ 2, p. 19 ds FOULQ.-ST-JEAN 1962).
1. Spécialement
a) École philosophique du néoplatonicien Potamon d'Alexandrie
au IIIe siècle avant Jésus-Christ. Les derniers disciples de Platon
furent les fondateurs de l'éclectisme (CONDORCET, Esq. tabl. hist.,
1794, p. 80).
b) École philosophique de Victor Cousin :
1. ... ce que je recommande, c'est cet éclectisme éclairé
qui, jugeant avec équité et même avec bienveillance toutes
les doctrines, leur emprunte ce qu'elles ont de commun et de vrai, néglige
ce qu'elles ont d'opposé et de faux. (COUSIN, Cours d'hist. de la
philos. mod., t. 2, 1847, p. 12.)
2. Péjoratif : "L'universalité véritable (...) est
tout le contraire de l'éclectisme. Elle ne marie pas le oui et le non,
le ciel et l'enfer. Elle suppose un oui, mais assez vaste pour emplir le ciel
et la terre, et qui pour l'éternité est exclusif du non".
(MARITAIN, Primauté du spirituel, 1927, p. 140.)
B. PAR ANALOGIE. Attitude, disposition d'esprit portant à choisir
sans exclusive parmi des catégories de choses ou de personnes très
diverses; qualité d'un ensemble de choses révélant
cette disposition. L'éclectisme des relations, des lectures. L'éclectisme
des programmes ressortirait plus encore du détail des soirées
symphoniques (Annuaire de la radio, 1933, p. 84). Il ne manquait du reste ni
de passion, ni de goût, ni d'éclectisme clairvoyant (ARNOUX,
Contacts all., 1950, p. 42).
(Plus ou moins) péjoratif : L'éclectisme de l'homme du monde (Ac.
1932).
Étymol. et Hist. 1. 1755 philos. "antique doctrine des .... dans
l'antiquité" (Encyclop.); 2. 1831 "le combat que se livrent
la spiritualité, l'analyse et je ne sais quel éclectisme railleur"
(BALZAC, Peau chagr., 1831, p. 253).
DICTIONNAIRE DES MOTS ABSTRAITS
ÉCLECTIQUE, adj. (Du gr. eklektikos, c'est-à-dire formé
d'éléments empruntés à d'autres systèmes,
de eklegein, choisir.)
1. Composé d'éléments divers et distincts; non exclusif.
- Il est très éclectique dans le choix de ses livres.
- Son esprit éclectique suppose une culture étendue.
- Il a toujours eu des goûts éclectiques.
- Tu sautes toujours d'un sujet à l'autre, comme tu es éclectique
!
- Cet homme d'affaires s'est forgé un réseau de relations très
éclectique.
2. Qui puise à différents systèmes ce qui semble le meilleur,
le plus juste pour en tirer un nouveau système.
- «L'éclectique est un philosophe qui, foulant aux pieds le préjugé,
la tradition, l'ancienneté, le consentement universel, l'autorité,
en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser de lui-même,
remonter aux principes généraux les plus clairs, les examiner,
les discuter, n'admettre que sur le témoignage de son expérience
et de sa raison... » L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert,
V, 270.
SYN. : large (fig.), varié (1). ANT. : exclusif (1), sectaire (2).
ENCYCLOPEDIA UNIVERSALIS
ÉCLECTISME
Tendance qui revient périodiquement dans l’histoire de la philosophie
occidentale et qui consiste à choisir, dans des écoles ou des
systèmes différents, des opinions, regardées par l’éclectique
comme vraies au moins partiellement, pour en constituer un corps de doctrine
censé représenter la vérité intégrale et
la croyance générale de l’humanité. L’éclectisme
suppose donc toujours l’existence d’un critère de choix permettant de
reconnaître la vérité donnée dans les différents
systèmes; ce critère est la raison universelle, identique
dans le temps et dans l’espace, et propriétaire inaliénable de
la vérité: la philosophie, dira Victor Cousin, n’est pas à
chercher, elle est faite.
À partir du Ier siècle, on trouve des philosophes qui se donnent
eux-mêmes le nom d’éclectiques, tel Potamon d’Alexandrie (Diogène
Laërce, Prologue des Vies des philosophes ). D’autres, sans prendre ce
nom, adoptent la méthode éclectique, tel, selon Cicéron
(De inventione ), son maître Antiochus d’Ascalon, philosophe de tradition
platonicienne, qui mêle les traits platoniciens, aristotéliciens
et stoïciens pour constituer sa propre doctrine, de la même manière
que le peintre Zeuxis fondit les traits de cinq jeunes filles de Crotone pour
peindre la beauté d’Hélène. Antiochus justifie sa méthode
en affirmant qu’il existe une tradition commune qui unit entre elles ces trois
écoles. Les recherches les plus récentes en histoire de la philosophie
grecque (H.-J. Krämer, Platonismus und hellenistische Philosophie , Berlin,
1971) confirment en partie cette conception: ce sont les discussions au sein
de l’académie de Platon qui ont fourni à la fois la problématique
commune et les types de solution utilisés par les écoles postérieures.
L’effort de systématisation inauguré par Antiochus d’Ascalon s’intensifie
dans le néo-platonisme, à partir du IIe et du IIIe siècle,
par une utilisation, pour ainsi dire, des «niveaux de vérité»
(le stoïcisme saisit le vrai au niveau du monde sensible; l’aristotélisme,
le vrai au niveau de l’Intellect divin; le platonisme, le vrai au niveau du
Bien transcendant).
L’éclectisme se trouve aussi chez les auteurs chrétiens: chez
Justin, Clément, Origène et Lactance, par exemple. Pour eux, des
vérités partielles se rencontrent disséminées chez
les philosophes païens. Le christianisme en tire le système de la
vérité totale et parfaite, parce qu’il possède la Raison,
incarnée en Jésus-Christ.
Dans la suite de l’histoire de la pensée occidentale, le phénomène
éclectique se reproduit à certaines époques (Renaissance,
XVIIIe s.) et chez certains auteurs (Montaigne, Cudworth, Leibniz). L’éclectisme
de Victor Cousin (1792-1867) est un spiritualisme qui reflète le système
politique mixte que voulait instaurer la monarchie de Juillet. Il veut être
une philosophie supérieure à tous les systèmes, dégageant
ce qu’il y a de vrai dans l’ensemble de ceux-ci, qui se trouvent ramenés
aux quatre types fondamentaux du matérialisme, de l’idéalisme,
du scepticisme et du mysticisme. Le choix du meilleur se fait chez Cousin grâce
à l’analyse psychologique, qui permet de dépasser à la
fois le matérialisme et l’idéalisme: la Raison est une donnée
de la conscience, qui, en s’appliquant à d’autres faits de conscience,
permet de fonder l’existence du Moi, du Monde et de Dieu.
DICTIONNAIRE PHILOSOPHIQUE - Armand Colin
ÉCLECTISME
1) Mode de pensée qui consiste à faire des emprunts à diverses
doctrines pour les fondre en un système unique. Au sens péjoratif,
absence de rigueur d'une doctrine composée de pièces disparates.
Au sens positif : ouverture à la variété, par ex. du goût
en art. (D. DIDEROT, art. Éclectisme, Encyclopédie, Hermann,
t. VII, p. 36-112).
2) École philosophique fondée par V. Cousin qui, ramenant tous
les systèmes philosophiques à quatre - idéalisme, sensualisme,
scepticisme, mysticisme -, retenait de chacun un aspect positif. (V. COUSIN,
Cours de philosophie. Été 1828, Corpus Fayard, p. 349-364
; J. FERRARI, Les philosophes salariés, Payot, p. 36, 51, 93 ;
P. RICOEUR, Histoire et vérité, Seuil, p. 46-48).
DICTIONNAIRE DE LA LANGUE PHILOSOPHIQUE - Foulquié
ÉCLECTIQUE. - Gr. eklektikos, qui choisit. Dérivé
du v. eklegein, choisir en tirant de. Équivaut au lat. eligere.
Philosophe qui, au lieu d'échafauder un système
nouveau, emprunte aux divers systèmes les thèses qui lui conviennent.
L'Alexandrin POTAMON (IIIe s.) passe pour l'inventeur de l'éclectisme.
Le mot et l'idée furent repris par Victor Cousin.
1 - "On s'abuserait bien si l'on croyait que Potamon,
et les Eclectiques dont il a été le prince, ont été
si inconsidérés que d'embrasser des opinions répugnantes
et
contradictoires. (...) Il faut croire le semblable des autres Eclectiques qui
ont été en cela si circonspects qu'ils ne se sont pas même
assujettis à toutes les opinions
de Potamon, mais seulement à sa méthode de prendre de tous côtés
ce qui semble le meilleur". (HUET, Tr. de la faiblesse de l'esprit h.,
223, Londres, 1741.)
2 - "L'éclectique est un philosophe qui, foulant
aux pieds le préjugé, la tradition, l'ancienneté, le consentement
universel, l'autorité, en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits,
ose penser de lui-même, remonter aux principes généraux
les plus clairs, les examiner, les discuter, n'admettre que sur le témoignage
de son expérience et de sa raison ; et de toutes les philosophies qu'il
a analysées sans égard et sans partialité, s'en faire une
particulière et domestique qui lui appartienne". (Encyclop. de DIDEROT
et D'ALEMBERT, V, 270.)
3 - [A propos de Suarez] "certains ont prétendu
qu'il manquait d'esprit de synthèse. (...) Au surplus, sa grande érudition
l'inclinait à l'éclectisme. Il rapportait telle opinion foi, telle
autre là et le résultat était un rapiéçage
et non un système. Les critiques ne pourraient prétendre qu'il
est un éclectique superficiel (...) ; mais Ils prétendent qu'il
était éclectique en ce sens qu'il ne possédait pas le don
de synthèse". (F. COPLESTON, Hist. de la philos., III, 399.)
v. Doctrine, 6.
Par analogie : est dit éclectique quiconque, dans n'importe
quel domaine (art, littérature, relations, gastronomie...), ne se limite
pas à une catégorie d'objets, mais prend n'importe où ce
qui lui convient.
ÉCLECTISME. - École philosophique prétendant se constituer
une doctrine propre en choisissant parmi les thèses des divers systèmes
celles qui lui conviennent. Principalement l'École de Victor Cousin.
Diffère du syncrétisme par l'organisation en un système
cohérent.
4 - "En général, dans l'histoire
de la philosophie nous sommes pour tous les systèmes qui sont eux-mêmes
pour la raison. (...) Tels sont les fondements très simples de notre
éclectisme" (V. Cousin, De vrai, du beau..., Il- leç.,
429-430.)
5 - "On rencontrera déjà dans ces Premiers
essais, l'éclectisme, la chose et le mot, avec sa juste portée
et dans sa vraie mesure, c'est-à-dire comme une méthode historique,
supposant une philosophie avancée, capable de discerner ce qu'il y a
de vrai et ce qu'il y a de faux dans les diverses doctrines, et, après
les avoir épurées
et dégagées par l'analyse et la dialectique, de leur faire à
toutes une part légitime dans une doctrine meilleure et plus vaste".
(V. Cousin, Premiers essais de philos., XVI-XVII.)
6 - "Victor Cousin eut la pensée de réunir,
à son tour, dans un nouvel éclectisme, tout ce que contenaient
de vrai les systèmes que les différents pays et les différents
temps ont produit". (F. RAVAISSON, Rapport..., § 2, p. 19.)
7 - [A propos de V. Cousin.] "D'abord les sensualistes,
puis les Ecossais commentés et développés par M. Royer-Collard,
puis M. de Biran, ensuite Kant, bientôt Schelling et Hegel qu'il découvre,
puis Platon, Plotin, Descartes, Leibniz qu'il retrouve. Ces diverses doctrines
ont brillé tour à tour dans cette vive imagination comme autant
de lumières dans une lanterne magique, un peu confondues, un peu altérées,
un peu transformées. De tout cela s'est formé l'éclectisme".
(H. TAINE, Philos. class., 131.)
8 - "La Révolution de 1830 survint, et le
parti de M. Cousin monta au Pouvoir. Bientôt M. Cousin fut ministre ;
l'éclectisme devint la philosophie officielle et prescrite, et s'appela
désormais le spiritualisme". (Ibid., 306.)
9 - "L'éclectisme ne mérite pas un long
examen, quoiqu'il soit une échappatoire tentante et une solution économique
- celle du bavardage philosophique". (P. RICOEUR, Hist. et vérité,
55.)
10 - [En sociologie.] "L'éclectisme, lui, fait
des habits d'Arlequin. Il veut tout ramener à l'unité d'un point
de vue. Les pièces qu'il assemble mises l'une à côté
de l'autre révèlent leur hétérogénéité".
(J. MONNEROT, Les faits sociaux ne sont pas des choses, 37.).
v. Cartésianisme, 3.
Par analogie : façon de se comporter de celui qui choisit
parmi ce qui se présente, en particulier de celui qui choisit dans des
catégories fort diverses. Éclectisme des relations, des lectures.
ENCYCLOPEDIE PHILO-NOTIONS
ÉCLECTISME [philo. géné., doct.] subs. marc.
L'adjectif et le nom eklektikos en grec sont tardifs, au sens de "apte
à choisir". Mais eklektos est dans Platon (Lois 938
b) au sens de « choisi », du verbe eklegô, qui signifie
« choisir » et aussi « prélever ». Au sens général,
doctrine constituée par le choix des meilleurs principes empruntés
aux doctrines antérieures. Une doctrine qui se réclame de l'éclectisme
tend à se présenter comme l'explicitation du sens commun.
Selon Diogène Laërce (Proemium 17 et 21), le terme désigne
l'Ecole de Potamon d'Alexandrie dont on ne sait d'ailleurs presque rien. II
fut appliqué également à une école médicale.
L'éclectisme comme doctrine apparaît avec Antiochus d'Ascalon (mort
en 68 av. J.-C.) qui estime, contre le scepticisme, que Platon, Aristote et
les stoïciens s'accordent sur l'essentiel. Le plus célèbre
disciple d'Antiochus, Cicéron, développe un éclectisme
analogue. Plus généralement le terme d'éclectisme désigne,
chez les premiers historiens de la philosophie, l'Ecole d'Alexandrie (néo-platonisme).
Au milieu du Vl° siècle, un de ses derniers représentants,
Simplicius, posait en principe : « Il faut, sur tous les points où
Aristote contredit Platon, ne pas s'en tenir à la lettre, ni croire à
un dissentiment réel de ces deux philosophes, mais, en allant au fond
de leur pensée, montrer comment sur la plupart des points ils s'accordent
et se réconcilient » (In cet. V).
A l'époque moderne, l'éclectisme est particulièrement illustré
par Leibniz (bien qu'il ne se soit pas réclamé du mot) quand il
écrit : « J'ai trouvé que la plupart des sectes ont raison
dans une bonne partie de ce qu'elles avancent, mais pas tant en ce qu'elles
nient » (Lettre à Remond du 10 janvier 1714). L'éclectisme
ne croit pas possible de faire table rase du passé, il prend en considération
l'histoire de la philosophie dans sa continuité et il veut s'élever
jusqu'au point de convergence des vérités partielles. Chez les
philosophes des Lumières, l'éclectisme implique tolérance,
libre examen, par opposition à l'esprit de système ou au «
fanatisme » des Eglises. Voltaire, Diderot s'en sont réclamés.
La dénomination d'éclectisme a été revendiquée
par Victor Cousin, dès ses premiers cours (1817). L'éclectisme
de Victor Cousin repose sur la réciprocité du point de vue «
psychologique » (analyse de l'esprit humain) et du point de vue historique,
ce qui lui permet de dégager la complémentarité à
la fois historique et systématique de quatre principes fondamentaux :
sensualisme, idéalisme, scepticisme et mysticisme. Comme méthode
philosophique, l'éclectisme est donc la découverte progressive
d'une complétude, d'une harmonie, contre la prétention abusive
de chaque principe de constituer à lui seul un système qui se
suffirait. Mais Victor Cousin et ses disciples feront de plus en plus de l'éclectisme
un spiritualisme appuyé sur le sens commun et sommairement opposé
au matérialisme. "La polémique contre Victor Cousin a contribué
à donner au terme d'éclectisme une acception péjorative
au sens de : « association superficielle de principes plus ou moins compatibles
», acception que l'Ecole de Cousin réservait au mot « syncrétisme
»". (J. Lefranc.)
• J. BRUCKER, Historia critica philosophiae, Leipzig, 1742-1744. - V.
COUSIN, Premiers essais de philosophie, 3s, éd., 1855 ; Fragments
philosophiques, Préface à la 1ère éd. de 1826
; Introduction à l'histoire de la philosophie, 1828.- D. DIDEROT,
article "Eclectisme" de l'Encyclopédie. - H. HOLZHEY,
"Potlosophie als Eklektic", Studia Leibnitiana, 1983, 15, no
1, p. 19-29. -W. SCHNEIDERS, "Vernünftiger Zweifel und Wahre Eklektic
zut Entstehung des Modernen Kritikbegriffes", Studio Leibnitiana,
1985, 17, no 2, p. 148-181.
PETITE ENCYCLOPEDIE PHILO.
Du grec eklegein : choisir. Scou., phil.
1) Mode de pensée qui consiste à faire des emprunts à diverses
doctrines pour les fondre en un système unique. Au sens péjoratif
absence de rigueur d'une doctrine composée de pièces disparates.
Au sens positif: ouverture à la variété, par ex. du goût
en art. (D. DIDEROT, art. "Éclectisme", Encyclopédie,
Hermann, t. VII, p. 36-112).
2) École philosophique fondée par V. Cousin qui, ramenant tous
les systèmes philosophiques à quatre - idéalisme, sensualisme,
scepticisme, mysticisme -, retenait de
chacun un aspect positif. (V. Cousin, Cours de philosophie. Été
1828, Fayard, p. 349-364. J. FERRARI, Les philosophes salariés,
Payot, p. 36, 51, 93).
PETITE ENCYCLOPEDIE PHILO.
ÉCLECTISME. n.m.
1) Sens strict. École philosophique peu systématique dont la méthode
consiste à accueillir dans différentes doctrines ce qui ne suscite
pas l'objection et paraît éclairant. Ce fut, en particulier, dans
l'antiquité, l'école de Potamon d'Alexandrie, et au XIX° siècle,
celle de Victor Cousin (1792-1867). L'éclectisme ne consiste pas à
constituer des mélanges disparates, des «habits d'Arlequin».
Diderot, dans l'Encyclopédie, l'appréciait comme une manifestation
de «tolérance». Cousin a souligné ce que sa position
implique de discernement, de connaissance de l'histoire de la pensée,
et de capacité d'analyse. Cependant, on reproche fréquemment à
l'éclectisme son hétérogénéité.
2) En un sens plus large, l'éclectisme est une attitude de l'esprit
et de la sensibilité qui se caractérise par une absence d'idée
directrice, d'où une grande diversité dans les lectures, les prises
de position, les goûts. Il convient de réserver le mot de "syncrétisme"
pour désigner une prise en compte, faite sans esprit critique, de doctrines
différentes.
VOCABULAIRE DE LA PHILOSOPHIE - LALANDE
ÉCLECTISME, D. Eklektizismus; E. Eclecticism ; I. Eclettismo.
Ce terme désigne soit une méthode, soit une école.
1° En tant que méthode
A. Réunion de thèses conciliables empruntées à
différents systèmes de philosophie, et qui sont juxtaposées,
en négligeant purement et simplement les parties non conciliables de
ces systèmes.
B. Conciliation, par la découverte d'un point de vue supérieur,
de thèses philosophiques présentées d'abord comme opposées
par les auteurs qui les soutenaient. "L'éclectisme créateur...
(celui) des hommes de génie, des Platon, des Aristote, des Leibniz...
consiste à recueillir toutes les grandes idées suscitées
par le progrès des âges ; et à les fondre pour les unir,
au creuset d'une idée nouvelle". Em. SAISSET, Leçon d'ouverture
du cours d'histoire de la philosophie à la Sorbonne, 19 janvier 1857.
2° En tant qu'école
C. Appliqué quelquefois à l'École d'Alexandrie.
(Mais, seule, l'École de Potamon d'Alexandrie est qualifiée ainsi
dans les sources grecques.)
D. L'École de Victor Cousin. En France et dans la langue contemporaine,
c'est presque toujours pour désigner cette école que le mot est
employé.
"Cette philosophie a reçu de lui (Cousin) le nom d'éclectisme,
sous lequel elle appartient désormais à l'histoire des idées
du XIXe siècle. Un autre se serait peut-être moins prêté
aux interprétations erronées... Ne s'est-on pas imaginé
que l'éclectisme consistait à recueillir, dans tous les systèmes
successivement adoptés et abandonnés par l'esprit humain, quelques
lambeaux de doctrine... qu'on ajustait ensuite tant bien que mal... sans mesure
précise de la vérité et de l'erreur, dans une sorte de
mosaïque philosophique ?... [L'éclectisme de Cousin repose au contraire]
sur ce principe incontestable et incontesté... que les systèmes
sont construits avec des éléments préexistants dans l'esprit
humain, comme les oeuvres de l'industrie et de l'art avec des éléments
préexistants dans la nature. S'il n'en était pas ainsi, un système
philosophique ne pourrait jamais en appeler à l'autorité de la
raison et de la conscience."FRANCK, V. Cousin, 311a.
ÉCLECTIQUE se dit ordinairement en un sens favorable ou du moins neutre,
plutôt qu'en un sens défavorable. Cependant, il a pris une nuance
péjorative en France dans la seconde moitié du xixe siècle,
les adversaires de l'école éclectique (TAINE, RENOUVIER) lui reprochant
de procéder à un choix arbitraire et sans critérium précis.
Cette nuance de mépris paraît regrettable, étant donné
qu'il existe déjà pour l'exprimer les termes syncrétisme
et syncrétique, dont le caractère péjoratif est universellement
reconnu : « L'éclectisme méprise l'art des combinaisons
et des rapprochements contre nature ; il répudie tout ce qui, de près
ou de loin, ressemble à du syncrétisme. » VACHEROT, leçon
d'ouverture, 5 déc.1838. - « Le syncrétisme est défini
comme rapprochement plus ou moins forcé de doctrines entièrement
différentes. » FRANCK, V.C., 1697b. (...)
Il conviendrait donc de se servir du mot éclectisme au sens général,
en négligeant le caractère défavorable qu'il a pris d'une
façon locale et accidentelle, et d'user toujours du mot syncrétisme
pour désigner la juxtaposition sans critique de doctrines incohérentes.
Si l'on voulait marquer la différence des sens A et B, on pourrait appeler
le premier Éclectisme et le second Éclecticisme. Cette dernière
forme serait d'autant mieux appropriée qu'elle a prévalu dans
les langues où des circonstances historiques particulières ne
sont pas venues affaiblir la valeur philosophique du mot.
1. " Réunion sans nouvelle élaboration. " - 2. "
Mélange sans méthode et sans critique. " - 3, " A peu
près le même sens qu'éclectisme, mais employé, tout
bien considéré, d'une manière sensiblement plus péjorative".
v.Critique
VOCABULAIRE PHILOSOPHIQUE - GOBLOT
ECLECTIQUE : du grec, choisir ; méthode philosophique qui consiste à
rassembler des opinions puisées dans des systèmes philosophiques
divers et même opposés. L'éclectisme repose ordinairement
sur cette opinion que les systèmes sont défectueux parce qu'ils
sont étroits et exclusifs, et, en général, vrais par ce
qu'ils affirment et faux par ce qu'ils nient. - On donne spécialement
le nom d'éclectisme à la philosophie de Victor Cousin, qui prend
le sens commun pour critérium de ce qu'il y a de vrai et de faux dans
chaque système.
Pierre LEROUX : Réfutation de l'éclectisme
"L'éclectisme, dans sa plus haute conception, consiste à
croire que l'esprit humain engendre nécessairement quatre systèmes
faux, dont un est le scepticisme, et qui progressent invinciblement chacun dans
sa sphère. Voilà l'éclectisme système ! Risum teneatis
?"
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